Suisseculture a remis son avis sur le Message culture 2021-2024.

Sur le fond, Suisseculture émet un jugement positif sur la mise en œuvre du Message culture jusqu’à ce jour. Dans son avis sur le Message culture 2016-2020, Suisseculture s’était déjà prononcée favorablement sur l’objectif et le contenu de cette stratégie. Depuis lors, dans la plupart des domaines, la mise en œuvre de celle-ci a été empoignée de façon positive. Mais, sur bien des points, elle n’est pas achevée, raison pour laquelle le Conseil fédéral mise à juste titre sur sa continuation et sur la continuité. Du point de vue de Suisseculture le travail accompli par Pro Helvetia et l’Office fédéral de la culture (OFC) peut être qualifié de tout à fait positif.

Néanmoins, dans la plupart des domaines, les organisations des créateurs culturels ne sont pas ou pas suffisamment impliquées. Cela a aussi abouti à ce que, parfois, cette mise en œuvre s’est faite tout à fait en dehors des réalités et des besoins de la création culturelle dans notre pays.

La situation financière de nombreux artistes, en dépit du succès rencontré dans leur travail, reste insatisfaisante, comme le relèvent tant les organisations culturelles que Suisseculture, et cela dès sa fondation. Il est très réjouissant que ce constat ait été repris dans le Message culture et que des mesures soient envisagées pour y remédier. De telles mesures dans le domaine de la protection sociale des artistes devraient aussi faire partie de la stratégie d’encouragement. Là aussi, il est souhaitable que l’OFC assume un rôle d’observateur au sein de l’administration, c’est-à-dire assure un monitoring, et intervienne aussi activement, le cas échéant, lors de révisions de loi dans le domaine des assurances sociales. Dans le contexte de l’encouragement, les organisateurs de manifestations et les producteurs devraient aussi être appelés à assumer leurs responsabilités en ce qui concerne la sécurité sociale des artistes avec qui ils travaillent.

Depuis des années, Suisseculture constate régulièrement que les autrices et les auteurs sont très fortement sous-représentés dans les organes de Pro Helvetia (Conseil de fondation, commissions spécialisées, experts et expertes). Nous demandons que les adaptations qui s’imposent d’urgence à cet égard soient apportées sans plus attendre.

Mis à part le secteur audiovisuel, on ne voit guère d’efforts faits pour intégrer la Suisse dans les projets de l’Union européenne. Ainsi, dans la plupart des disciplines, de nombreux artistes suisses restent exclus de nombreux festivals et concours européens, alors que d’autres nations qui ne font pas non plus partie de l’UE sont manifestement autorisées à y participer. Les organisations culturelles appellent le Conseil fédéral à remplir activement et à développer son mandat de négociation afin d’obtenir l’admission de la Suisse dans le programme culturel européen. Là où cela n’est pas possible, des mesures de remplacement s’imposent.

Suisseculture se félicite des intentions exprimées dans le domaine de la médiation culturelle et artistique. Cependant, s’agissant des projets en la matière, il importe que l’intention de collaborer avec des partenaires devienne réalité et que ces derniers soient mis sur un pied d’égalité. La création et la médiation culturelle ne doivent pas être mises en concurrence : il ne faut pas que la médiation culturelle soit financée aux dépens de la création artistique. Il serait absolument inacceptable que des fonds soient soustraits aux artistes afin d’encourager la diffusion de leurs œuvres alors même que les artistes eux-mêmes sont les médiateurs culturels les plus efficaces.

Il faut saluer le fait que les organisations de créateurs culturels professionnels continuent d’être subventionnées. Sans le soutien financier de la Confédération, la plupart de ces organisations ne pourraient agir que dans un cadre très limité. Or elles sont indispensables, et pas seulement dans leur activité d’interlocutrices des autorités et des institutions, Confédération et Pro Helvetia notamment, qui sont décrites dans le Message culture. Mais elles ne sont encore que trop peu impliquées, ou trop tard, dans les processus de développement en matière de politique culturelle. Une collaboration serait souhaitable dès les premières étapes de l’élaboration de nouvelles réflexions et stratégies, et non pas seulement sous la forme d’invitation à des auditions, etc. Il faudrait créer des possibilités de dialogue continues avec les services de la Confédération et des cantons, par exemple dans un des canaux du Dialogue culturel national. Il devrait être de règle que ces organisations fassent partie des groupes de travail lorsqu’il s’agit d’élaborer et de mettre en œuvre de nouveaux concepts.

Suisseculture se félicite que la nécessité d’agir en ce qui concerne l’égalité des chances entre femmes et hommes dans le secteur culturel ait été reconnue et salue les mesures prévues à ce titre. Il est cependant souhaitable qu’un objectif concret(50:50) soit fixé en ce qui concerne la « participation appropriée », comme c’est déjà le cas pour l’encouragement sélectif du cinéma.

La grande importance de la médiation culturelle a déjà été soulignée à plusieurs reprises dans le Message culture 2016-2020, et sa disparition dans les médias traditionnels a été relevée à juste titre. Des mesures ont été annoncées surtout en ce qui concerne le soutien aux revues littéraires et la collaboration avec elles, mais aussi dans d’autres domaines, en particulier celui des médias et des plateformes électroniques. Il importe que les mesures de ce type soient élaborées d’entente et en étroite collaboration avec la branche culturelle pour qu’elles déploient davantage d’effets.

Le Message culture 2016-2020 prévoyait de soutenir les revues littéraires en mettant au concours des conventions de prestations sur plusieurs années, avec pour objectif d’encourager les échanges et l’accès à la littérature. C’est là une mesure importante, qui a été sacrifiée sur l’autel des mesures d’économie décidées par les Chambres fédérales et qu’il importe de reprendre.

Suisseculture se félicite de l’augmentation prévue des moyens financiers dévolus à la culture. Elle estime toutefois que les moyens prévus pour la mise en œuvre du Message culture restent trop modestes. Les nouvelles tâches ne doivent pas être réalisées aux dépens des activités soutenues jusqu’ici, mais être financées par des moyens supplémentaires.

Par ailleurs, des subventions supplémentaires devraient être décidées, maintenues ou réintroduites dans différents domaines (par ex. pour les revues littéraires, pour les activités de la Ville de Berne). Mais ces subventions, elles non plus, ne doivent pas être accordées au détriment des soutiens déjà prévus. Il faut donc revoir à la hausse le cadre financier prévu.

Prise de position complèt (en allemand)

 

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